14.01.22

Djokovic… et Peng Shuai alors ?

C’est fou ce qu’on peut oublier vite. Depuis une dizaine de jours, la presse du monde entier s’est focalisée sur le sort d’une icône du tennis. Non, pas Peng Shuai, ancienne numéro 1 mondiale qui avait accusé en décembre dernier dans une publication sur Weibo (le twitter chinois) l’ancien vice-premier ministre chinois Zhang Gaoli de l’avoir violé. La championne a depuis disparu. Ses quelques apparitions publiques depuis ont été très probablement orchestrées par le pouvoir chinois. Non, ce n’est pas d’elle qu’on parle, mais de Mr Djokovic, actuel numéro 1 mondial masculin. Le sportif ne s’est pas fait vacciner et s’est par conséquence retrouvé au centre d’un cirque politico-médiatique avec comme conséquence sa détention en Australie où son statut vaccinal enrage. Il s’y était rendu au début du mois dans l’espoir de disputer l’Open d’Australie, mais pour l’instant, sa seule lutte est contre une éventuelle déportation. Lors d’une conférence de presse organisée par sa famille le 10 janvier, sa mère a déclaré qu’il était victime de torture et d’harcèlement. On n’a aucun doute que son séjour dans un centre de détention pour immigrés n’était pas agréable, mais on est certains aussi qu’il était aussi inhumain que les séjours des immigrés qui ont le fâcheux défaut de ne pas être des stars internationales du tennis et dont le sort inquiète moins. 

Bref, on se demande pourquoi on s’intéresse plus à lui qu’à Peng Shuai ? Il y a certes dans son affaire des points politiques que le gouvernement australien s’empresse de marquer, mais bon, on ne peut s’empêcher de se dire que la solution était simple…il suffisait de faire comme 97 des 100 meilleurs joueurs masculins et se faire vacciner pour son bien et celui de tous.  

On préférerait donc parler de celle qui avait dénoncé publiquement un viol dans un pays où le mouvement Me Too peine à émerger en raison d’une censure terriblement efficace ; Celle qui avait osé accuser publiquement l’un des personnages les plus puissants d’une dictature ; Celle qui par la suite a disparu pendant une dizaine de jours avant de ‘réapparaître’ dans des photos et des vidéos publiées par des journaux et des personnalités proches du pouvoir chinois. L’authenticité de ces preuves se rapproche du statut vaccinal de Djokovic: inexistant. Celle dont le sort inquiète toujours la WTA, l’instance qui gère le circuit féminin de tennis. On notera d’ailleurs que le 2 décembre 2021, Novak Djokovic déclarait qu’il partageait les inquiétudes de la WTA, et que “la santé de Peng Shuai doit être une priorité.

Quel dommage donc d’avoir passé tout ce temps à s’intéresser à la sienne, plutôt que celle de Peng Shuai.