12.12.21

Le boycott qui ne sert à rien ?

Visuel Le boycott qui ne sert à rien ?

Notre président semble être un perfectionniste, et ce n’est pas toujours facile d’être perfectionniste. Même si la recherche de la perfection est admirable, elle reste souvent inaccessible, et on peut se retrouver à ne rien accomplir du tout plutôt que de faire des petits pas et prendre des décisions imparfaites mais qui font tout de même avancer le schmilblick. En quand il s’agit de la Chine, Emmanuel Macron préfère pour l’instant ne rien faire plutôt que de rejoindre le boycott diplomatique des Jeux Olympiques d’Hiver de Pékin l’année prochaine comme l’on annoncé les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni. Tout simplement parce que selon lui « c’est une mesure toute petite et symbolique. » En gros, ça ne sert à rien. Mais alors, quelles seraient les grosses mesures non-symboliques ?

Difficile à dire, Jean-Michel Blanquer, invité à la matinale de RTL le 9 décembre a expliqué qu’il fallait préserver le monde du sport des « interférences politiques ». Le même jour, le tribunal Ouïghour à Londres, une instance indépendante qui depuis plus d’un an recueille les témoignages de centaines de victimes a annoncé dans son rapport final que le « La république populaire de Chine a commis un génocide en imposant des mesures de prévention des naissances destinées à détruire une partie importante des Ouïghours du Xinjiang ». Mais certes, le boycott diplomatique (non-sportif) d’une compétition par un état génocidaire relève de « l’interférence ».

Pour le président, le boycott ne sert de toute façon à rien : « Il faut être clair. Soit on dit : on fait un boycott complet, on n’envoie pas d’athlètes ; soit on dit : on essaie de réengager les choses et d’avoir une œuvre, une action utile comme toujours, à l’international. » a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse. Pour l’instant, on a du mal à voir quelles sont les actions utiles qu’il a entreprises. Dans un entretien avec Brut il y a un an, il répondait au journaliste Rémy Buisine ceci : « Quelle est l’action utile que je dois déclencher ? Je ne vais pas déclarer la guerre à la chine, ma responsabilité c’est d’en parler avec le président Xi Jinping et aux autorités chinoises quand elles viennent en France et c’est ce que j’ai fait. » Il a dû oublier de le faire le 26 octobre quand il a eu le président Xi Jinping au téléphone. Ils ont papoté, discuté de l’accès européen au marché chinois, tentant de rééquilibrer la relation sino-européenne. Mais le président aurait oublié de soulever les questions concernant le génocide de Ouïghours ou la situation à Hong Kong. Oups.

Dans son entretien avec Brut, Emmanuel Macron avait aussi précisé le besoin d’avoir une stratégie Européenne. « Si on veut être fort, il faut être très clair et avoir du réalisme géopolitique. C’est l’Europe la réponse. Nous européens on doit défendre nos valeurs. » En espérant que Annalena Baerbock, la nouvelle ministre des Affaires étrangères allemande, issu du parti des verts particulièrement engagé pour la cause des Ouïghours, soit un peu plus motivée pour défendre nos valeurs que notre président.