07.05.21

L’ADSF, la santé de genre à la rue

Visuel L’ADSF, la santé de genre à la rue

L’ADSF ( Agir Pour La Santé Des Femmes) accompagne les femmes en situation de grande précarité dans l’accès à des soins adaptés à leurs besoins . Lorsque nous les avions rencontrées, elles ouvraient un nouveau lieu d’accueil sur le boulevard Barbès à Paris. La déléguée générale de l’ADSF Nadège Passereau nous raconte ces derniers mois à l’association fortement impactée par la pandémie.

En octobre 2020, vous nous parliez de l’ouverture d’un lieu d’accueil à Barbès. Comment évolue-t-il ? 

Il fonctionne très bien malgré le contexte sanitaire actuel. Il accueille entre 30 et 40 femmes par jour. C’est une vraie réponse aux besoins de ces femmes qui viennent de plus en plus spontanément. On y organise une fois par semaine des distributions de produits d’hygiène et de vêtements pour répondre aux besoins sur place, on essaie d’être le plus proche possible des associations locales. Entre les douches, les vestiaires, l’espace repos, et la rencontre avec les médecins, les femmes ont un lieu pour les accueillir. 

Avez-vous d’autres projets en cours ou à venir ? 

Oui nous aimerions trouver une solution de mise à l’abris des femmes qui soit plus pertinente que les hôtels proposés actuellement. Ces lieux coûtent chers et on souhaiterait que les femmes au parcours très souvent difficile, victimes de graves violences ou traumatismes, puissent profiter d’un dispositif plus adapté à leurs besoins. 

Notre deuxième gros projet, c’est de pouvoir ouvrir deux autres foyers d’accueil : un autre sur Paris et un sur Marseille. 

Comment ces projets avancent ? 

Malheureusement, le contrat avec Barbès prend fin en mars 2022.  On échange avec les acteurs locaux autour de la gare du Nord pour la suite. Et pour Marseille, à partir de juillet on va lancer une phase d’étude même si on sait qu’à Marseille, il n’y a pas vraiment d’équivalent à nos actions.

Comment vivez-vous la situation ces dernières semaines, ces derniers mois ?

On est content que le confinement se termine pour avoir un frémissement de reprise économique. On s’aperçoit que les femmes qu’on suivait auparavant avaient un petit boulot au black, et maintenant elles n’ont plus rien du tout. Le public qui vient vers nous est nouveau. On a de plus en plus de jeunes ou de personnes âgées. Quand vous entrez en situation de précarité dans ces âges-là, c’est extrêmement difficile de remonter. 

On voit aussi qu’il y a eu un recul des soins. On verra vraiment les effets sur le long terme quand on pourra les mesurer. Plus récemment, on a des femmes qui ne se sont plus soignées du tout et qui se sont éloignées du foyer alors que pendant ce temps, les lieux de distribution ont évolué pour mieux les accompagner.

Quel message avez-vous envie de passer ? 

Il faudrait qu’il y ait des améliorations et une meilleure prise en compte de la situation des femmes en situation de précarité. Il y a beaucoup de choses qui sont faites mais il y a toujours énormément de femmes qui restent invisibles. Il y a un besoin féminin genré qui est très important à nos yeux, il faut installer un dispositif à l’écoute de ces personnes. 

En fait, s’il pouvait y avoir une vraie prise en compte de la dimension de genre dans l’aide une bonne fois pour toute, avec des dispositifs créés pour elles en fonction d’elles, ce serait parfait. La santé des femmes doit être prise en compte dans son intégralité. On n’a pas uniquement besoin d’aller voir un gynéco pour être en bonne santé.