09.04.21

De cosserat tu causeras !

Visuel De cosserat tu causeras !

Pendant plus de 200 ans, Amiens abrita l’usine Cosserat, productrice d’un velours mondialement connu. Si ses portes ont fermé il y a une dizaine d’années, les habitants de la petite Venise du Nord ne l’ont pas oublié. C’est le cas d’un professeur au lycée qui, accompagné de ses élèves, a décidé de retracer son histoire.

Louis Teyssedou est professeur d’histoire et de littérature au lycée amiénois Édouard Gand. Il y a quelques mois, ce dernier se retrouve à faire des recherches aux Archives Départementales de la Somme et y découvre alors quelques « merveilles » : notamment des plans inédits de l’usine Cosserat d’Amiens, productrice de velours au XIXe siècle et ce, pendant plus de deux siècles. “Je suis aussi tombé sur des demandes d’installation de chaudières ou encore des dossiers de dommages de guerre des deux conflits mondiaux”, raconte-t-il. Dès lors, le professeur se prend de passion pour l’histoire de ce monument historique, depuis classé. Une passion qu’il aura su transmettre à ses élèves de première. Certains suivent un bac pro SPVL (Service Proximité et Vie Locale) ou ASSP (Accompagnement Soins et Services à la Personne), d’autres un bac pro couture, mode et métiers du vêtement au lycée Édouard Branly. De ce petit monde est né un livre : “De Cosserat Tu Causeras” – mis en vente sur la plateforme La Trousse à Projets et financé par la vente de sérigraphies et de cartes postales réalisées avec soin par les élèves de Monsieur Teyssedou.

Cerise sur le gâteau : le professeur rencontre un certain Monsieur Dessaint, un industriel amiénois féru d’histoire qui – séduit par le projet – décide de faire don d’un rouleau de velours des années 1970. Résultat : la classe chargée de couture ajoutera au livre une sur-couverture de velours made in Cosserat. “Ce qui m’anime, c’est que le programme de ces élèves ne prévoyait aucunement la réalisation d’un livre. Et puis, Amiens a été la capitale du velours pendant plus de 200 ans. Un fait historique complètement oublié du grand public. Or, cette usine est spectaculaire, c’est à voir”, insiste Louis Teyssedou. Pour couronner le tout, l’enseignant possède une minute inédite de vidéo d’archives, qui sera commentée par la voix de François Morel. “Je lui ai simplement envoyé un mail et il a tout de suite accepté”, s’étonne-t-il encore. Malgré la pandémie, Monsieur Teyssedou et ses élèves parviennent à se projeter grâce à ce projet rétrospectif. À la fin de l’année, sera présentée une frise géante – et interactive – racontant l’histoire de l’usine, auprès d’enfants en CP et CE1. Après avoir fait le tour des écoles, cette frise reposera ad vitam æternam sur l’un des murs de l’usine. Un mini-documentaire est également au programme : “Nous sommes en contact avec des anciens patrons et ouvriers de l’usine qui aujourd’hui ont entre 70 et 80 ans, ajoute le professeur. Mais nous attendons que les conditions sanitaires soient plus sûres.” D’ici là, la classe amiénoise poursuit sa mission : celle de ressusciter les années passées de l’usine Cosserat. Et c’est en bonne voie : “Il y a des élèves qui ont appris que leurs aïeuls ont travaillé à l’usine. C’est fou ! Même notre CPE nous a ramené le livret d’ouvrière de son arrière-grand-mère qui a foulé le sol de l’usine pendant douze ans.”